Qu’est-ce que le sommeil ?

Le sommeil

Le sommeil est une des fonctions les plus importantes de notre vie.  Pourtant, il est encore mal connu. 

Même si les neurosciences font beaucoup de progrès en la matière, il est loin d’avoir dévoilé tous ses secrets.

Pour le grand public, il est encore plus difficile à appréhender. 

Pourquoi nous dormons ? Quelle est l’utilité du sommeil ? Comment est-il structuré ? Sommes-nous tous égaux face au sommeil ?

Quelques éléments de réponse dans cet article. 

Le sommeil est essentiel pour notre santé

Nous passons près d’un tiers de notre vie à dormir !  Oui, vous avez bien lu, UN TIERS. 

Le sommeil est par conséquent nécessaire et essentiel pour notre santé, aussi bien mentale que physique

Il est une fonction biologique et fait partie des besoins primaires, comme boire, respirer ou s’alimenter.    

Si le sommeil n’était pas aussi fondamental pour la survie, la sélection naturelle l’aurait très certainement éliminé, le considérant comme une perte de temps, pire, une mise en danger. 

Lorsque nous dormons, nous ne pouvons en effet ni nous nourrir, ni sociabiliser, ni trouver un partenaire pour nous reproduire, ni protéger nos enfants.  Les animaux quant à eux s’exposent au danger de se faire dévorer et, pourtant, eux aussi ont besoin de sommeil (du moins, de repos pour certains) ! 

Si Dame Nature a décidé que le tiers de notre vie serait consacré au sommeil, c’est parce qu’il a une nécessité vitale

Être conscient de cette utilité permet de mieux se protéger du danger du manque de sommeil.  Or, c’est une évidence qui n’a pas été transmise de manière claire au grand public qui a tendance à le négliger. 

Je vous invite à ce propos à lire mon article décrivant les conséquences du manque de sommeil.

Le sommeil est un processus complexe et fascinant 

Il est d’ailleurs resté un mystère pendant des siècles.  

Jusque dans les années 50, on pensait, à tort, qu’il était simplement l’arrêt de l’éveil

C’est notamment grâce au développement de l’électroencéphalogramme (mesure de l’activité électrique du cerveau) qu’il a commencé à être étudié de manière plus approfondie. 

Cependant, même si la recherche avance à grands pas, le sommeil reste encore une énigme pour les scientifiques.

Je dois vous avouer que pour rédiger cet article, il m’a fallu énormément me documenter.  Et, quand on est une passionnée comme je le suis, la tache a été colossale car le sommeil est un univers à lui seul, aussi vaste que difficile à décrypter.  En d’autres mots, on n’en a jamais fait le tour. 

Le sommeil est un processus complexe, mais il est nécessaire d’en comprendre les mécanismes fondamentaux.

Une bonne connaissance de son fonctionnement est une étape essentielle vers une meilleure connaissance de soi et des nuits plus sereines.

Vous êtes prêts ? On y va !

C’est notre horloge biologique qui détermine notre sommeil, mais pas que…

En règle générale, pour un adulte en bonne santé, sur une journée de 24 heures, l’alternance jour/nuit se résume en deux périodes : celle du jour (entre 7 heures du matin et 23 heures) et celle de la nuit (à partir de 23 heures et jusqu’à 7 heures du matin).  C’est ce que l’on appelle le rythme circadien (circa signifie “environ” et dien, dérivé de diem, signifie “jour”) ou, plus communément, l’horloge biologique. 

Ce processus de régulation n’est pas propre au sommeil.  Il est le chef d’orchestre de tout notre fonctionnement interne.  

La luminosité est aussi un facteur important.  Lorsque la nuit tombe, notre cerveau, guidé par notre perception visuelle (via la baisse de luminosité), commence en effet à produire de la mélatonine, l’hormone du sommeil, appelée aussi “hormone de l’obscurité” ou “hormone vampire”.  Celle-ci va déclencher un processus qui permet l’endormissement

Le tableau ci-dessous illustre la diffusion de la mélatonine au cours de la journée et de la nuit.  Vous pouvez constater un pic aux alentours de 5 heures de matin et un effondrement rapide en matinée juste avant notre réveil.  A midi, au moment où la luminosité est maximale (même par temps couvert), la sécrétion de mélatonine est bloquée.  

 

 

La luminosité n’est pas la seule à influencer notre rythme biologique.  D’autres mécanismes internes entrent en jeuDes expériences ont montré que des personnes isolées de la lumière du soleil durant plusieurs jours maintiennent une alternance veille/sommeil proche de celle vécue habituellement.  Nous disposons donc également d’un rythme circadien endogène (généré en interne).  En d’autres mots, notre corps sait plus ou moins l’heure qu’il est, indépendamment de la luminosité.  Cela explique aussi le fait que nous ne nous endormons pas dès que nous plongeons dans l’obscurité.  La mélatonine n’est donc pas à proprement parler “l’hormone du sommeil”, mais un indicateur de notre rythme circadien. 

Vous me suivez toujours ? On continue… 

Ces expériences en isolation “hors du temps” dont je vous parle ci-dessus ont toutefois mis en évidence un fait important : si notre rythme circadien est capable de s’adapter à des variations sur une courte période, les choses se compliquent si on poursuit l’expérience durant plusieurs semaines.

Les chercheurs ont découvert qu’au fil du temps, les individus plongés dans l’obscurité voyaient leur rythme se désynchroniser et s’allonger (jusqu’à 36 heures), ce qui a entraîné toutes sortes de troubles fonctionnels et un sentiment de fatigue non négligeable. Notre rythme circadien endogène a donc bien des facultés d’adaptation, mais celles-ci ne sont pas illimitées.  Les synchroniseurs externes, ou “donneurs de temps” comme la lumière et les activités par exemple, sont primordiaux pour rester en phase.  Ce sont d’ailleurs eux qui remettent chaque jour nos pendules à l’heure.  

La température de notre corps suit elle aussi un rythme circadien.  Elle va non seulement déterminer notre niveau de vigilance, mais également le moment le plus propice à l’endormissement et au sommeil.  Voyez plutôt le graphique ci-dessous (source : https://www.cenas.ch/blog-du-sommeil/lien-entre-sport-sommeil/ :

Graphique représentant le rythme circadien de la température corporelle  

Vous constatez un minimum thermique vers 4-5 heures du matin.  Le réveil survient lorsque la température corporelle remonte.  Elle augmente ensuite progressivement au cours de la journée, ce qui fait grimper notre niveau de vigilance (car notre cerveau a lui aussi une température plus élevée), avec une attention qui se trouve optimale en fin de matinée. 

En début d’après-midi, la courbe dessine un creux, que l’on appelle “creux postpandrial” ou creux de l’après repas.  Ce dernier porte très mal son nom car la baisse de vigilance et la légère fatigue ressentie à ce moment-là ne sont pas liées à la digestion mais plutôt à la baisse de la température corporelle (même si un repas copieux augmentera la sensation de fatigue).  Une sieste est possible lors de ce creux thermique étant donné que les conditions sont plus propices au repos.

Vers 17-18 heures, la température est à son maximum.  Nos performances physiques et intellectuelles sont optimales.  La température corporelle va enfin chuter progressivement au cours de la soirée, ce qui va permettre l’endormissement.  Quand la température interne est élevée, le sommeil peut être très perturbé.  C’est ce qui arrive par exemple quand on a de la fièvre.  

Un autre facteur déterminant notre éveil et notre sommeil est la pression de sommeil. 

Plus l’éveil est long, plus un besoin irrépressible de dormir nous envahit. 

La pression de sommeil s’élimine en dormant et plus particulièrement lors du sommeil lent profond. 

Pour faire simple, on pourrait la comparer à un sablier où durées d’éveil et de sommeil sont interdépendantes.  Aucune question de volonté dans ce cas : le sommeil nous est imposé.  C’est ce que vous ressentez quand vous “avez” sommeil et que vous somnolez.  Ce processus est qualifié d’homéostatique car il fonctionne en interne et tend toujours vers l’équilibre.  

Les deux forces qui gouvernent notre sommeil (le rythme circadien de 24 heures et la pression de sommeil) sont habituellement synchrones.  Cependant, elles ne sont pas dépendantes l’une de l’autre.

Si vous passez une nuit blanche, la pression de sommeil va continuer à augmenter, tandis qu’au petit matin, votre horloge interne va vous stimuler pour vous mettre en activité (la pression d’éveil).  Vous allez passer la journée suivante écartelé entre la nécessité de rester éveillé et l’envie irrépressible de dormir.  Cette dernière va surtout se manifester vers la fin d’après-midi et le début de soirée, là où la pression de sommeil sera maximale et où votre rythme circadien ne vous aidera plus à rester éveillé.  

Le schéma ci-dessous (inspiré du modèle de Borbely) illustre bien ce mécanisme de privation de sommeil (source : reflexions-psycho.over-blog.com) :

 

Schéma Privation de sommeil

 

La pression de sommeil est illustrée en rouge, tandis que la pression d’éveil est représentée en vert.  Les traits en pointillés indiquent un processus normal (lorsqu’il n’y a pas de privation de sommeil).  Vous pouvez observer qu’en cas de nuit blanche, le moment le plus critique se situe vers 4-5 heures, là où la température corporelle est au plus bas (et, si vous vous souvenez, où la sécrétion de mélatonine est au plus haut) (1).  Si la privation de sommeil se poursuit, l’horloge biologique va permettre de rester éveillé encore un temps (2).  La nuit suivante, le sommeil s’impose (3).

Nous avons vu que l’éveil et le sommeil sont indissociables l’un de l’autre.  C’est très important de le comprendre, surtout quand on éprouve des difficultés à bien dormir.  C’est d’ailleurs la première information qu’un thérapeute va transmettre à un patient qui vient le consulter.

Je vous ai aussi indiqué que ces deux états forment un rythme qui résulte de l’action synchronisée de deux processus : le rythme circadien de 24 heures (la pression d’éveil) et un processus homéostatique (la pression de sommeil).

Si on y regarde de plus près, on constate cependant qu’il n’y a pas qu’un type de sommeil chez l’être humain.  C’est que je vous présente maintenant.

Les différents types de dormeurs : quand la génétique s’en mêle

Chaque personne présente un profil de dormeur différent.  C’est inscrit dans ses gènes.

Ceci va expliquer non seulement un besoin de sommeil bien spécifique (il y a les grands et petits dormeurs), mais aussi un rythme bien particulier : il y a ceux du matin qui préfèrent se réveiller à l’aube (environ 40% de la population) et ceux du soir qui préfèrent se coucher et se lever tard (environ 30% de la population).

Le besoin de sommeil : gros dormeur vs petit dormeur 

Le besoin de sommeil  est déterminé génétiquement.  Il est toutefois difficile à évaluer car notre sommeil a une capacité à s’adapter à nos modes de vie, mais dans une certaine limite (1 heure de variation semblerait tolérée, pas plus). 

Au cas où vous l’ignoreriez, nous avons perdu en moyenne 2 heures de sommeil depuis les années 60.  Est-ce parce que nous sommes devenus des superhéros et que notre besoin de sommeil a diminué ?  Absolument pas.  Nous nous sommes adaptés à notre environnement (à l’omniprésence de la lumière notamment).  Est-ce sans conséquences sur la santé ?  Bien sûr que non.  Pourtant, l’espérance de vie a augmenté me direz-vous.  Ce n’est pas faux.  Mais, quand on y regarde de plus près, les seniors d’aujourd’hui sont ceux-là mêmes qui dormaient 2 heures de plus…du temps de jadis comme j’aime le dire (ce n’est pas très français je l’avoue).   

En moyenne, l’être humain a besoin de 7 à 8 heures de sommeil pour fonctionner de manière optimale.  Cependant, il est important de savoir qu’il existe plus de tailles de sommeil que de pointures de chaussures !  

Au niveau des variations autour de la norme, on retrouve des dormeurs qui sont en forme après 4 ou 5 heures de sommeil, tandis que d’autres auront besoin de 11 heures.  Ces deux cas sont extrêmes et bien évidemment rarissimes.

Le chronotype : le fait d’être plutôt “du soir” ou “du matin”

Le chronotype nous est aussi imposé par notre génétique. 

La conséquence est que nous ne tournons pas tous avec la même horloge biologique. 

Ceux du matin ont un rythme compris entre 23,3 et 24 heures avec un pic minimal de température corporelle plus précoce que celui que nous avons décrit ci-dessus, tandis que ceux du soir suivent un rythme entre 24,4 et 25 heures avec un seuil minimal de température qui apparaît plus tardivement dans la nuit.  Encore une bizarrerie de la nature…Oui parce que les “neutres” ont eux aussi une horloge qui n’est pas réglée par les Suisses : elle tourne sur 24,2 heures.  Je vous ai dit tout à l’heure que notre rythme circadien fonctionnait sur une période de 24 heures ? Ce n’est pas tout à fait juste.  Autant remettre les pendules à l’heure…

Le chronotype, à l’inverse du besoin de sommeil, s’adapte plus difficilement aux contraintes environnementales. 

Résultat : les lève-tôt et les couche-tard ne sont pas logés à la même enseigne. 

Les lève-tôt sont plus en phase avec les exigences de la société et donc perçus comme plus performants, tandis que les couche-tard sont souvent accusés d’être des paresseux.  Ces derniers ne sont pour autant pas responsables et subissent même un manque de sommeil chronique puisque l’organisation du travail est largement orientée vers des horaires du matin.  De plus, leurs performances au travail seront moins bonnes, leur plein potentiel se situant plutôt en fin d’après-midi et en début de soirée. 

Bonne nouvelle toutefois pour les couche-tard : ils auraient une horloge plus adaptable au travail de nuit que les lève-tôt.  Pour ces derniers, le travail de nuit serait même totalement contre-indiqué !

Pourquoi cette variabilité entre les individus ?  Figurez-vous qu’elle a été programmée afin de permettre une diminution de la vulnérabilité de l’espèce humaine.  En effet, entre ceux qui sont du matin et ceux du soir, la période critique de danger (où tout le monde est endormi) est nettement restreinte. 

Si vous souhaitez connaitre votre chronotype, dans la rubrique “Testez-vous”, je vous propose le « test de matinalité/vespéralité » développé par Horne et Östberg en 1976 et validé depuis par de nombreux centres de recherche sur le sommeil. 

L’âge est également un facteur important.  Un jeune enfant, un adolescent ou une personne âgée n’aura pas le même besoin ni la même structure de sommeil.  Le chronotype varie aussi en fonction de l’âge, les adolescents et les jeunes adultes ayant tendance à être plutôt du soir, tandis qu’en vieillissant, on observe un décalage vers le profil du matin.  Je vous en parlerai dans un prochain article.

Et les saisons me direz-vous ?  

La variation saisonnière entraîne une fluctuation d’ensoleillement.  Nous l’avons vu plus haut, la lumière est un facteur important dans le processus du sommeil puisqu’elle rythme notre horloge biologique.  Contrairement aux idées reçues, la saisonnalité en elle-même influence peu notre horloge biologique.  C’est la luminosité (un des synchroniseurs de notre horloge biologique) qui va faire varier notre besoin de sommeil.  Celui-ci sera donc plus important en hiver avec une augmentation de la durée de sommeil, mais on ne parle que de quelques minutes. 

L’architecture et les stades de sommeil 

Il existe différents stades de sommeil qui ont pu être étudiés et mis en évidence grâce à la polysomnographie (PSG). 

Pour information, la PSG consiste à enregistrer au cours du sommeil l’activité des ondes cérébrales, la respiration, le mouvement des yeux, l’activité musculaire et le rythme cardiaque.  Au-delà des informations qu’elle apporte sur l’architecture du sommeil, elle est devenue aujourd’hui un élément essentiel du processus de diagnostic des troubles du sommeil.  Cette méthode étant non invasive et sans danger, elle peut être utilisée aussi bien chez les enfants que les personnes âgées. 

Selon une classification internationale, on distingue quatre stades de sommeil : l’endormissement, le sommeil lent léger, le sommeil lent profond et le sommeil paradoxal.

Ces quatre stades de sommeil forment un cycle d’une durée de 90 à 120 minutes.  Une nuit est composée de plusieurs cycles.

Par souci de clarté, je préfère vous présenter la classification en deux phases principales : le sommeil lent de léger à profond et le sommeil paradoxal.  Ces phases ont chacune leur propre structure et apportent des bénéfices différents.

Le sommeil lent de léger à profond : il est le plus réparateur et donc le plus essentiel      

Il permet la libération des hormones de croissance si importantes pour l’enfant et l’adolescent et pour le système immunitaire.

Le sommeil lent joue aussi un rôle crucial dans la réparation des cellules, notamment celles de la peau et des cheveux, et dans la recharge énergétique, aussi bien mentale que physique.

Il assure également le transfert et la rétention d’informations récentes dans les zones du cerveau dédiées au stockage sur le long terme, en permettant qui plus est à notre cerveau de faire le tri entre les informations pertinentes et non pertinentes.   Chaque nuit, le sommeil lent va donc sélectionner les souvenirs en fonction des préférences de chaque individu et les classer ensuite en lieu sûr.

Ce processus va non seulement libérer de la place dans le cerveau pour les nouveaux apprentissages, à la manière d’un ordinateur dont le cache serait nettoyé, mais aussi permettre à la mémoire d’être sélective : on ne peut pas tout mémoriser, comme on ne veut pas tout mémoriser.  Mieux encore, il offre la possibilité de récupérer des souvenirs perdus juste après les apprentissages.  La relation entre cette phase de sommeil et le renforcement des apprentissages et de la mémoire est aujourd’hui établie scientifiquement.

Des rêves peuvent apparaître lors du sommeil lent léger mais ils sont moins intenses.             

Le sommeil paradoxal : le moment des rêves les plus intenses 

Durant cette phase, le tonus musculaire a totalement disparu à l’exception des mouvements oculaires qui sont très rapides.  On les appelle Rapid Eye Movements ou REM. 

Ce sommeil est qualifié de paradoxal car l’activité cérébrale est proche de celle de l’éveil (et même 30 % plus active), tandis que nous sommes incapables de bouger

Nous sommes en effet totalement paralysés car notre cerveau sécrète des neurotransmetteurs qui interrompent la liaison entre le cerveau et les muscles.  Cette paralysie, appelée “atonie”, n’est pas due au hasard.  Elle est une sécurité qui nous empêche de mettre nos rêves en action.  Imaginez la catastrophe si vous bougiez comme dans vos rêves, tandis que vous êtes incapables de percevoir ce qui vous entoure !  Malheureusement, ce mécanisme est parfois déficient, surtout chez les personnes âgées.  

Tandis que le sommeil profond agit comme une forme de réflexion intérieure, le sommeil paradoxal est plutôt une phase d’intégration où les nouveaux faits et savoir-faire vont être prélevés et mis en lien avec les expériences passées.  Ce processus permet d’élaborer un modèle plus précis du fonctionnement du monde qui inclut la capacité à résoudre les problèmes, à prendre des décisions, mais aussi le développement de la créativité.  Nous pouvons ainsi nous réveiller le lendemain avec des solutions apportées à nos problèmes de la veille et même avec des idées nouvelles ! 

Le sommeil REM permet également de réguler nos émotions de façon réfléchie, ce qui est la base de l’intelligence émotionnelle

Toutes ces caractéristiques amènent les scientifiques à avancer que le sommeil paradoxal aurait été un facteur déterminant dans l’évolution de l’espèce humaine.

Si l’on suit ce raisonnement, on comprend mieux pourquoi les rêves sont plus intenses et élaborés lors du sommeil paradoxal.

Enfin, la durée du sommeil paradoxal est toujours proportionnelle à la durée totale du sommeil.  Si elle est d’environ 20 % chez l’adulte, elle représente 50 % du temps de sommeil chez les tout-petits.  L’hypothèse avancée actuellement est que cette phase contribuerait activement au développement cérébral du jeune enfant.  Des expériences ont en effet mis en évidence que bloquer ou réduire cette phase de sommeil chez des animaux nouveaux-nés entrave le bon développement du cerveau. 

Le déroulement d’une nuit classique

Durant une nuit normale, 5 cycles de sommeil se succèdent toutes les 90 à 120 minutes.  Si ces cycles sont stables dans la durée, l’organisation des différentes stades du sommeil n’est pas linéaire.  La première moitié de la nuit sera en effet davantage consacrée au sommeil lent profond tandis qu’en fin de nuit, c’est le sommeil lent léger et le sommeil paradoxal qui prédominent

L’architecture du sommeil présente donc une structure bien particulière qui répond à un besoin précis : récupérer en première partie de nuit étant la priorité. 

Vous connaissez tous le dicton : “Le sommeil avant minuit compte double”.  Ce n’est pas tout à fait vrai.  Ce sont plutôt les premières heures qui comptent double, et tout particulièrement le sommeil lent profond qui, peu importe la durée totale de la nuit, sera toujours fixe (environ 100 minutes).  

Ceci aura de quoi rassurer les insomniaques qui me lisent.  Sans vouloir minimiser vos difficultés car je sais oh combien l’insomnie peut affecter votre qualité de vie (et je suis passée par là), être conscient de l’accent mis sur la récupération en début de nuit permet de relativiser.  Une nuit courte n’est certes pas agréable, mais votre corps aura pris ce qu’il a à prendre.  Mieux encore, votre pression de sommeil n’en sera que plus forte le soir venu.  Vous vous endormirez plus facilement et vous dormirez plus profondément encore.    

A partir du milieu et jusqu’à la fin de la nuit, la place est majoritairement au sommeil paradoxal.  Au-delà de tous les bénéfices qu’il apporte lui aussi et que j’ai détaillés un peu plus tôt dans cet article, il permet également un réveil plus en douceur car l’activité cérébrale y est proche de celle de la veille.  

La nature, et dans ce cas précis le sommeil, est extrêmement bien faite vous ne trouvez pas ?

Pour vous permettre d’y voir plus clair, voici un hypnogramme (graphique illustrant l’architecture du sommeil) :

Infographie illustrant les différents stades du sommeil et de l'éveil enregistrés sur un sujet, par électroencéphalogramme, pendant la nuit.

(source © Inserm/Pinci, Alexandra) 

Sur ce graphique, vous pouvez observer que le sommeil lent et profond est effectivement présent en début de nuit, tandis qu’en milieu et fin de nuit, c’est le sommeil paradoxal qui prévaut. 

Vous remarquerez aussi que le stade le plus important est le sommeil lent léger (50% du temps total d’une nuit).  Si vous être gros dormeur ou petit dormeur, c’est ce stade qui fait la différence.  De même, si vous raccourcissez ou allongez votre nuit, c’est également lui qui sera impacté.

Enfin, il existe des éveils pendant la nuit.  On les appelle “micro-réveils”.  En principe, on n’en garde en aucun souvenir.  Par contre, s’ils se prolongent, ils seront à l’origine d’insomnies de milieu et de fin de nuit.

Le rôle du sommeil : un remède remarquable

Nous l’avons vu précédemment, le sommeil permet de maintenir les performances physiques et cognitives. 

Il est impliqué à la fois dans l’apprentissage, la mémorisation, la restauration des réserves énergétiques, la croissance et l’efficacité intellectuelle.

Mais pas que..

Il joue aussi un rôle dans la régulation de l’humeur, renforce l’efficacité du système immunitaire en nous aidant à mieux nous défendre contre les tumeurs, les infections et les maladies, renforce la flore intestinale et rééquilibre le système cardiovasculaire en faisant baisser la pression artérielle et en maintenant le cœur en bonne condition.  Il est un moment précieux qui nous offre la possibilité de nous reconstruire, de décharger nos émotions et d’évacuer le stress et les tracas du quotidien.

Le sommeil permet aussi le contrôle du poids en régulant l’appétit.  Le manque de sommeil est en effet corrélé avec un risque accru d’obésité car il augmente la concentration de l’hormone responsable de la sensation de faim et supprime celle qui est responsable de la sensation de satiété.  Un manque de sommeil va donc inciter à manger davantage mais aussi à choisir des aliments plus riches et plus sucrés. 

Selon une théorie récente mais qui reste encore à confirmer, il aurait même un effet protecteur contre la maladie d’Alzheimer en permettant au cerveau de se débarrasser de ses déchets et notamment d’une protéine impliquée dans cette pathologie.  C’est en tout cas l’hypothèse de la neurobiologiste danoise Maiken Nedergaard, du Centre médical de l’université de Rochester (New York).

Vous connaissez un médicament qui réunirait à lui seul tous ces bénéfices ?  Ne cherchez pas, il n’y en a pas ! Et ce remède remarquable qu’est le sommeil est de plus tout à fait gratuit !  

En conclusion

Même s’il est l’une des énigmes les plus mystérieuses de l’humanité, il est un fait certain que le sommeil est essentiel pour notre santé et même vital.  Il est non négociable.  

Il ne faut donc pas le négliger et lui accorder toute la valeur qu’il mérite afin que nous puissions agir correctement pour le préserver

Prendre soin de son sommeil, c’est prendre soin de soi !

Et vous, quel type de dormeur êtes-vous?  Plutôt du soir ou du matin ? Plutôt marmotte ou petit dormeur ? 
Que vous inspire cet article ?   
 
N’hésitez pas à laisser un commentaire ! 

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